Les récents accidents de la circulation, notamment ceux impliquant des bus de
transport public et des conducteurs de motos Jakarta, suscitent une vive émotion au
sein de l’opinion publique. Cette préoccupation est légitime. Chaque vie perdue sur
nos routes est un drame pour les familles, pour les communautés et pour la nation tout
entière.
Dans le cas de l’accident survenu en date du 30 janvier 2026 à hauteur de la Patte
d’Oie, le procès-verbal de la Section de la Prévention Routière et des Accidents du
Commissariat Central de Dakar apporte des éléments factuels essentiels. Il ressort
que l’accident s’est produit lorsqu’un vélomotoriste a effectué une manœuvre de
dépassement par la droite, avant d’être mortellement percuté par un autocar circulant
en direction de Cambérène. Le conducteur du bus a été placé en garde à vue pour
homicide involontaire, et une enquête est en cours afin d’établir l’ensemble des
responsabilités, y compris celles liées aux actes de vandalisme qui ont suivi.
Cependant, l’émotion, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas conduire à des
raccourcis dangereux ni à des mises en accusation globales qui brouillent la
compréhension du problème réel.
Aujourd’hui, AFTU, acteur majeur du transport urbain au Sénégal, se retrouve au centre d’un procès public qui mérite d’être nuancé. Assimiler des accidents de la route
qui relèvent de multiples facteurs humains, infrastructurels et systémiques à une
supposée mauvaise foi ou négligence structurelle des opérateurs de transport est une
lecture réductrice d’un secteur soumis à une pression constante.
Il est important de rappeler que les bus exploités dans le cadre du programme AFTU
s’inscrivent dans une politique publique de modernisation du transport urbain. Cette
politique vise précisément à réduire l’insécurité routière, améliorer la qualité du service
et rompre avec l’ère des véhicules vétustes, non réglementés et dangereux. À ce titre,
plus de 2 300 bus de plus de 30 ans ont été retirés de la circulation et remplacés dans
l’agglomération dakaroise. Les véhicules AFTU sont soumis à des normes techniques,
à des contrôles réguliers, et leurs conducteurs bénéficient de formations encadrées.
AFTU demeure aujourd’hui le seul opérateur structuré à desservir l’ensemble de la
région du Cap-Vert à travers plus de 70 lignes, garantissant la continuité du service
public de transport. Dans une logique de professionnalisation continue, AFTU a par
ailleurs signé une convention avec le Service Civique National, ayant permis dès sa
première phase, la formation de 200 chauffeurs, renforçant ainsi les compétences et
la sécurité dans l’exploitation du réseau.
Les accidents impliquant des motos Jakarta, particulièrement vulnérables dans un
trafic urbain dense et souvent anarchique, posent avant tout la question d’un défi global
de cohabitation routière. Absence de couloirs dédiés, indiscipline généralisée,
surcharge urbaine, insuffisance de signalisation, pression économique sur l’ensemble
des acteurs : aucun de ces facteurs ne peut être imputé à une seule entreprise.

 

Opposer les transporteurs aux usagers, ou les bus aux Jakarta, est une impasse. La
sécurité routière ne se décrète pas par la stigmatisation, mais par des solutions
concertées : renforcement de la régulation, amélioration continue de la formation,
aménagements urbains adaptés, responsabilisation de tous les usagers de la route et
application rigoureuse des politiques de sanction.
Enfin, la violence, notamment l’incendie de bus et les actes de vandalisme, ne saurait
être tolérée ni justifiée. Elle met directement en danger des vies, détruit un outil public
de transport et fragilise des milliers de familles. AFTU assure quotidiennement le
transport de plus d’1,3 million de passagers, génère environ 8 000 emplois directs de
Sénégalais dans le transport urbain, et joue un rôle central dans la mobilité urbaine,
levier essentiel de la croissance économique. Toute attaque contre cet outil collectif a
un impact immédiat sur l’emploi, la continuité du service public et la stabilité sociale.
Engagées depuis plus de vingt ans, les différentes phases de renouvellement
réussies, dont 2300 véhicules déjà remplacés, témoignent de l’engagement constant
de l’Etat et des acteurs du secteur renforcé durablement la sécurité, la fluidité et la
gouvernance du transport urbain.
La réponse aux tragédies routières se trouve dans cette dynamique de réforme
progressive, de responsabilisation et de modernisation, et non dans la destruction de biens publics ou privés.

Fait à Dakar, le 02 février 2026