La commune de Grand-Yoff a fait face à la presse ce lundi 9 mars 2026 pour faire le point sur la situation actuelle et l’évolution des litiges fonciers dans la localité. Cette rencontre avec les médias a été présidée par El Hadji Ibrahima Ndiaye, en présence de plusieurs conseillers municipaux et agents de la municipalité.

Dès l’entame de son intervention, l’adjoint au maire a exprimé sa gratitude aux journalistes pour leur présence, soulignant que ce point de presse intervient à la suite de correspondances adressées aux plus hautes autorités de l’État, mais également dans le cadre de l’obligation d’informer les populations qui incombe à la collectivité territoriale.

Selon lui, la commune de Grand-Yoff fait face à une situation préoccupante marquée par des opérations de déguerpissement et des attributions foncières jugées contestables. « Aujourd’hui, notre territoire est menacé de toutes parts par des opérations de déguerpissement et des attributions foncières contestables, qui fragilisent aussi bien les équipements publics que les populations les plus vulnérables », a-t-il déclaré.

L’élu municipal a dénoncé une recrudescence de titres fonciers et de baux attribués, selon lui, sans concertation avec la collectivité territoriale et souvent en violation des règles d’urbanisme et de domanialité publique.

Pour illustrer la gravité de la situation, la municipalité a évoqué plusieurs dossiers sensibles. Parmi eux, l’emprise du service de l’état civil de la commune, infrastructure publique essentielle, dont une superficie de 88 m² serait revendiquée par un particulier qui envisagerait d’y construire une boulangerie. Une situation qui, selon la mairie, pourrait porter atteinte à la continuité du service public et aux conditions d’accueil des usagers.

Dans le quartier de Khar Yalla, 22 familles vivent également dans la crainte d’une expulsion imminente après la présentation d’un titre de propriété par un tiers au nom de son défunt père. Ces familles, installées depuis plusieurs années, se retrouvent aujourd’hui dans une situation d’insécurité juridique et sociale.

Autre point soulevé par les autorités municipales : le cas du Stade municipal de Grand-Yoff, pourtant classé en zone d’équipement dans les documents d’urbanisme. Selon la commune, une partie de cet espace aurait été cédée à des particuliers par la Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré. Des emprises relevant des voiries et réseaux divers (VRD), notamment des voies publiques, trottoirs et espaces de circulation, feraient également l’objet de cessions jugées irrégulières.

La municipalité a également évoqué la situation du Marché Orignona de Grand-Yoff, seul marché spécialisé dans la vente de porc au Sénégal. Selon les responsables municipaux, ce site, occupé depuis plus de trente ans par des activités commerciales, pourrait être menacé par des procédures liées à l’occupation des sols, ce qui suscite de fortes inquiétudes chez les acteurs économiques locaux.

Face à ces différentes situations, la commune estime que les décisions foncières prises sans consultation préalable des collectivités territoriales alimentent un sentiment d’injustice et d’abandon au sein des populations.

La municipalité de Grand-Yoff appelle ainsi les autorités compétentes à suspendre immédiatement toute procédure d’attribution ou de cession portant sur des équipements publics ou des zones d’habitation établies. Elle plaide également pour la réalisation d’un audit technique et juridique de l’ensemble des titres fonciers et baux situés sur le territoire communal.

La commune demande en outre que les collectivités territoriales soient systématiquement associées à toute décision d’affectation ou de désaffectation du sol, conformément aux principes de la décentralisation et au Code général des collectivités territoriales.

En conclusion, El Hadji Ibrahima Ndiaye a réaffirmé l’engagement de la municipalité à défendre les intérêts des populations. « Grand-Yoff n’est pas une terre sans maître. C’est une commune bâtie par l’effort collectif de ses habitants. La préserver, c’est respecter la loi, protéger les droits des citoyens et honorer l’idéal républicain », a-t-il déclaré, appelant l’État à se tenir aux côtés de la commune pour éviter une aggravation de la situation.

Moussa Diba