L’Association des Femmes Magistrates du Sénégal (AFMS) a organisé une journée de réflexion sur l’application de la loi n° 2020-05. Présidée par la Garde des Sceaux, Yacine Fall, cette rencontre visait à transformer l’ambition législative en réalité concrète pour les victimes de violences sexuelles.
Un bilan alarmant
Entre 2020 et 2024, le Sénégal a recensé 1 510 victimes de viol ou de pédophilie. Les mineurs paient le prix fort. Ils représentent 957 cas, dont plus d’un tiers à moins de 13 ans. Le rapport souligne également une réalité taboue liée à de nombreuses agressions qui surviennent dans le cercle familial (ascendants, fils, époux).
Passer du texte à l’action

Pour la Présidente de l’AFMS, Marie Odile Thiakane, la sévérité de la loi ne suffit pas si la pratique ne suit pas. « L’AFMS ouvre cette journée de réflexion en rappelant que la loi ne suffit pas, seule son application concrète compte. Cependant 6 ans après la criminalisation du viol et de la pédophilie, l’association veut confronter le texte à l’épreuve des faits. »
Ce pour ainsi rappeler que si le passage du délit au crime est une victoire morale, le combat reste entier.« Une loi ne vaut que par ce qu’elle produit dans la réalité. » ajoute-t-elle
L’engagement de l’État
Face à ce plaidoyer, la Ministre de la Justice, Yacine Fall, a reconnu les lacunes persistantes, notamment la lenteur des procédures qui épuise les plaignants. « Les ruptures qui fragilisent la chaîne judiciaire et c’est c que vivent les victimes dans la solitude de procédures longues et parfois épuisantes. Le Gouvernement vous a entendue. Et je veux vous dire sans détour que ces défis sont les nôtres aussi. Il ne s’agit pas pour moi de répondre à un plaidoyer, mais de rendre compte d’un engagement, car l’État ne saurait se contenter d’avoir voté une bonne loi sans en garantir l’effectivité » dit-elle pour rassurer les magistrates.

La Garde des Sceaux a réaffirmé sa volonté d’intégrer les conclusions de l’AFMS dans les réformes à venir. « Le Gouvernement sera particulièrement attentif à ce qui ressortira de vos échanges, non en observateur courtois, mais en interlocuteur engagé. Car, d’une association réunissant des praticiens du droit, les pouvoirs publics sont en droit d’attendre des analyses éclairées et des propositions opérationnelles. C’est à ce titre que les recommandations issues de cette journée auront vocation à nourrir les réflexions en cours au sein de mes services, afin d’être pleinement entendues et traduites en actions concrètes. »
Perspectives
Cette journée devrait aboutir à des propositions de réformes législatives et à une amélioration des protocoles de prise en charge, avec une priorité absolue accordée à la protection des mineurs.
Samba NDOYE











