La jonction des luttes regroupant le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (SAMES), le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (SUTSAS) et l’Alliance des travailleurs de la réglementation pharmaceutique (ART) a fait face à la presse ce mardi 10 mars 2026 pour informer l’opinion publique sur les dysfonctionnements constatés au sein de l’Agence de Réglementation Pharmaceutique (ARP), dans le cadre de l’affaire Soficare.

Au cours de cette rencontre avec les journalistes, les responsables syndicaux ont également tenu à apporter ce qu’ils qualifient de « correctifs de fond » à la communication du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, à la suite de sa conférence de presse tenue le 5 mars 2026 sur cette affaire.

Selon les syndicats, cette sortie médiatique du ministre n’a pas permis d’éclairer suffisamment les Sénégalais sur les faits liés à l’affaire Soficare, pourtant considérée comme une question sensible de santé publique. Ils rappellent que l’intervention du ministre était attendue depuis le début de l’année afin de faire toute la lumière sur les conclusions des inspections effectuées par les services compétents.

Les organisations syndicales affirment que les inspecteurs assermentés de l’ARP avaient pris des mesures conservatoires pour protéger les populations après avoir constaté, lors d’une inspection, la présence d’environ 1 300 kilogrammes de matières premières périmées dans l’enceinte de production de couches et de serviettes hygiéniques appartenant à l’entreprise Soficare.
Pour les syndicats, la détention de matières premières périmées dans une zone de production constitue une non-conformité majeure au regard des Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) en vigueur dans l’espace UEMOA. Ils soulignent également que la loi n°2023-06 du 13 juin 2023 relative aux médicaments et aux autres produits de santé prévoit des sanctions pénales contre toute personne détenant des substances périmées destinées à la fabrication de produits médicaux.

Les représentants syndicaux estiment ainsi que les décisions prises par les inspecteurs de l’ARP reposaient sur des bases légales solides et visaient à garantir la sécurité sanitaire des populations.

Ils ont par ailleurs exprimé leur incompréhension face à la décision de lever certaines mesures conservatoires, affirmant qu’aucun rapport d’inspection attestant de la correction des manquements constatés n’aurait été rendu public.

Au-delà de l’affaire Soficare, les syndicats dénoncent une gouvernance qu’ils jugent préoccupante au sein de l’Agence de Réglementation Pharmaceutique. Ils évoquent notamment des pratiques de népotisme, des recrutements jugés clientélistes et des sanctions administratives visant des agents ayant, selon eux, appliqué strictement la réglementation pharmaceutique.

Les organisations syndicales citent plusieurs cas de mutations et de pressions administratives qui auraient touché des cadres de l’agence pour avoir refusé de signer des actes jugés contraires aux textes en vigueur.

Elles s’inquiètent également de certaines décisions organisationnelles récentes, notamment le transfert du service chargé de la surveillance du marché vers une direction responsable de l’homologation des produits, ce qui pourrait, selon elles, créer un conflit d’intérêts dans le système de régulation.
Pour SAMES, SUTSAS et ART, ces dérives risquent d’affaiblir la crédibilité de l’ARP et de compromettre sa mission essentielle de protection de la santé publique.

Face à cette situation, les syndicats demandent la mise en place d’une commission d’enquête indépendante impliquant notamment l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) et l’Inspection générale d’État. Ils réclament également un audit complet des procédures d’homologation, d’inspection et de délivrance des certificats au sein de l’agence.

Enfin, les organisations syndicales ont annoncé la perspective d’actions de lutte pour exiger un retour à une gouvernance qu’elles jugent plus conforme aux règles de transparence et de rigueur. Une grève régionale à Dakar est envisagée dans un premier temps, avant une éventuelle extension du mouvement au niveau national.

« Le droit des Sénégalais à des produits de santé sûrs, efficaces et de qualité n’est pas négociable », ont conclu les représentants syndicaux.

Moussa Diba