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Accueil A la Une Comment les Sénégalais et les Marocains sont-ils des frères ?
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Comment les Sénégalais et les Marocains sont-ils des frères ?

Par
ledakaroistv
-
février 1, 2026
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    Le Premier Ministre Ousmane SONKO a effectué, du 26 au 28 janvier 2026, une visite de travail à Rabat dans le cadre de la 15ème Session de la Grande Commission mixte entre le Sénégal et le Maroc.

    Dans une de ses publications partagée avant son départ, il a souligné la volonté d’œuvrer à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays. >>>

    Mais que savons-nous réellement, depuis le temps que nous en entendons parler, de cette fameuse fraternité sénégalo-marocaine?

    Aux origines de la Nation sénégalaise

    Avant d’aborder le sujet, il faudrait au préalable rappeler qui nous sommes et d’où nous venons.

    D’après l’historien Yoro Boly Dyao (1847-1919), le peuple sénégalais trouve une partie de son origine dans diverses vagues migratoires venues d’Égypt e, la dernière étant celle qui vécut sous l’ère des envahisseurs << Ptolémées >>>, dont le dernier souverain Ptolémée XV est mort en l’an -30. Le nom Paate Laam ou Paate Luum, hellénisé en Ptolémée, est encore fréquent au Sénégal jusqu’à nos jours (Lam, 1991).

    Leur ancêtre est le pharaon nubien Diakhar Ka- Taharka (730-664 av. J.C.), roi de Ndiafate-Napata, fils de Mbakhaye-Piankhay et de Biri-Abar; de son nom d’Horus Bakhao-Ouakhaou et de son nom de roi Name Fara Demba Khouré-Nefertemkhouré (Parker, 1960).

    Le nom de roi/reine << Name Fara/Fari >», hellénisé en Nefer, définit le nom d e règne des souverain(e)s comme pour Name Fari Toûti-Nefertiti (nom de reine Toûti) ou Name Fari Taarou-Nefertari (nom de reine Taarou). Jusqu’à présent, au Sénégal, un dénommé Diop répond << Name Diop >>> lorsqu’il est appelé.

    Le nom de leur capitale d’origine, Taïba- Thèbes, qui était à l’époque une grande métropole religieuse, reste largement répandu à travers le Sénégal contemporain.

    Au 4ª siècle, ces populations s’établirent dans la vallée du fleuve Sénégal, où elles fondèrent l’empire du Toukrour, dont le nom a été altéré en Touklour, pour finalement donner << Toucouleur ». Elles y cohabitèrent avec les peuples autochtones, tels que les Mandingues et les Soninkés (sédentaires) ainsi que les Peuls (nomades), qui avaient eux-mêmes rejoint la région au cours de migrations antérieures.

    L’une des preuves de l’origine égyptienne de ces migrants est qu’ils dénommèrent << Nil >> le fleuve Sénégal actuel, comme le stipule l’historien et géographe Al Bakri dans tous ses écrits sur le Toukrour à travers son ouvrage Description de l’Afrique septentrionale (1913).

    Ils s’établirent, au fil du temps, le long de la côte atlantique, de Dakar jusqu’ au Cap Skirring, prenant respectivement les identités de Lébous, Sérères et Diolas. Malgré ces subdivisions, Toucouleurs, Lébous, Sérères et Diolas appartiennent en réalité à un même groupe culturel. Ils perpétuent, en témoignage de cet héritage commun, le « cousinage à plaisanterie >>> comme principe de cohésion sociale (Ndiaye, 2018).

    Au 11e siècle, leur brassage avec les Sénégas (d’où le toponyme Sénégal) fut à l’origine du mouvement des Almoravides.

    L’épopée Almoravide

    Vers l’an 1030, le Toukrour est dirigé par l’empereur Demba War SALL, considéré comme le patriarche de la Nation sénégalaise, dont le nom a été repri s par Maïssa Tendi Dior SALL (1837-1902), dernier souverain du Cayor (Gad en, 1912).

    Son surnom Nay bi (l’éléphant) ou simplement Nay fit qu’il resta dans l’histoire comme Demba War Ñaybi/Ñay, puis War Ñaybi/Ñay déformé en War Ja abi Njaay (Kane, 1981).

    Il offre l’asile, vers 1048, à l’érudit Sénéga Abdallah Ibn Yassine et à ses sept compagnons – parmi lesquelles le « leader politique >> Yahya Ibn Oumar et s on frère Abou Bakr Ibn Oumar – qui effectuent une retraite spirituelle à Gédé sur l’île à Morfile, afin de se ressourcer suite à l’échec relatif de leur réforme
    religieuse.

    Ils y établissent un monastère, ribât en arabe qui donne son nom à leur mouvement Al Murabitûn ou Almoravides – d’où ils sortent au bout de cinq an nées pour proclamer le Jihad envers les populations de l’actuelle Mauritani e et de l’actuel Maroc.

    Ils vont à la conquête d’Aoudaghost en 1054 et de Sijilmassa en 1055. Ils sont défaits à la bataille de Tabfarilla en 1056 malgré le renfort de l’empereur par le biais de son fils Labba Sall à la tête d’une armée de trois mille archers qui restera partie intégrante du mouvement.

    L’Amir Yahya Ibn Oumar, tué lors de la bataille, est remplacé par son frère Abou Bakr qui poursuit le Jihad, prenant Aghmat en 1058 pour y fixer sa capitale et épouser Zeynab Nefzaouia, l’une des filles du souverain déchu.

    Abdallah Ibn Yassine meurt en 1059, lors de la conquête des Barghwatas, d e même que son successeur Soulaiman Ibn Haddu qui ne sera pas remplacé.

    Abou Bakr Ibn Oumar devient ainsi, à la fois, Amir et Imam du mouvement Almoravide et bat sa propre monnaie, des dinars en or sur lesquels est inscrit son nom (El Fasi, 1990).

    Il consolide sa réforme pendant une décennie puis fonde Marrakech, en 10 70, pour en faire la nouvelle capitale.

    L’année suivante, il décide de retourner au Sud, dans la vallée du fleuve Sénégal, pour gérer des conflits internes susceptibles de mettre en péril la cohésion du mouvement.

    N’ayant aucune certitude quant à son retour, il délègue le pouvoir des territo ires du Nord à son cousin Youssouf Ibn Tachfine et lui conseille également d’épouser sa femme Zeynab qu’il répudie à cet effet. « Cette femme est un génie, épouse-la », lui a-t-il dit.

    Abou Bakr Ibn Oumar, revient au Maghreb un an plus tard, une fois la situation stabilisée. Il a l’élégance de ne pas entrer à Marrakech et s’installe courtoisement à Aghmat.

    Son intention est de confirmer l’intérim de Youssouf Ibn Tachfine car sachant pertinemment que le pouvoir, même prêté, ne se rend pas
    Comment pourrait-il penser autrement, lui qui avait renforcé son cousin avec toute l’intelligence et toute la sagesse de son ex épouse?

    Zeynab Nefzaouia est, avec Hind Bint Outba (épouse d’Abou Soufiane et m ère de Mouawiya fondateur de la dynastie des Omeyyades) et Khayzourane Bint Atta (épouse du Calife Abbasside Al Mahdi et mère du Calife Hâroun Ar Rachîd), l’une des femmes les plus puissantes de l’histoire du monde musul man.

    Elle suggère à son mari d’aller respectueusement à la rencontre de l’Amir avec moult présents afin de s’enquérir de ses instructions.

    C’est ainsi qu’en 1072, à Aghmat, a lieu la passation de pouvoir officielle entre Youssouf Ibn Tachfine et Abou Bakr Ibn Oumar.

    Ce dernier s’installe définitivement dans la vallée du fleuve et continue, néanmoins, d’être considéré comme le Chef de l’empire Almoravide tout entier jusqu’à sa mort en 1087. Ce n’est qu’après cette date que le nom de Youssouf Ibn Tachfine apparaît sur les pièces de dinar en or (El Fasi, 1990).

    Abou Bakr Ibn Oumar << Abou Dardaï » épouse la fille de l’empereur du Toukr our Fatimata Sall qui lui donne un fils Ahmad Ibn Abou Bakr Abou Dardaï qui est le premier à porter le patronyme Njaay hérité de son grand-père.

    Youssouf Ibn Tachfine poursuivant sa progression vers le Nord, envahit Fès en 1075 et s’empare de Tanger en 1076.

    En 1083 il occupe Alger, capture Ceuta et finit de contrôler la partie africaine du Détroit de Gibraltar.

    De 1086 à 1094, à la suite de plusieurs expéditions, il achève d’occuper toute la péninsule ibérique. Mais c’est une autre histoire.

    Youssouf Ibn Tachfine – de même que tous les almoravides – était un africai n sahélien typique, ainsi décrit: teint noir, taille moyenne, maigre, peu de ba rbe, voix douce, yeux noirs, cheveux crépus (Julien, 1951).

    Fraternité sénégalo-marocaine

    Le patronyme Njaay est répandu, jusqu’à présent, aussi bien au Maroc qu’en Algérie, sous les formes <<< Jay, ou Djaï, ou encore El Djaï, Jayi (très utilisé à Fès en particulier), puis Jay ou El Jay ainsi que Jaï et El Jaï¹ ». Il se prononce exactement de la même manière qu’au Sénégal 2
    Existe-t-il une mémoire résiduelle qui entraîne, de nos jours, des milliers de sénégalais à reproduire le périple de leurs ancêtres: Marrakech-Fès-Tanger-Ceuta-Espagne?

    En tout état de cause, il existe bel et bien une fraternité sénégalo-marocain e et elle est millénaire.

    Que Le Très-Haut la préserve et la bénisse!

    Alioune NDIAYE, MBA, PhDc
    Conseiller Spécial
    du Président de la République

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