Le consortium de lutte contre les violences a organisé ce dimanche une randonnée pour réclamer la gratuité du certificat médical des victimes de violences.
Dior Diome, membre du forum social sénégalais, par ailleurs membre du consortium déclare qu’un caravane sous forme de randonnée a été organisée pour parler de la gratuité du certificat médical pour les victimes de violences afin qu’ils puissent continuer leurs procédures judiciaires. Selon elle, le certificat médical est très coûteux pour les victimes de violences. C’est pourquoi, elle espère obtenir gain de cause en faveur de ces victimes.
Daba Diagne, membre du forum social sénégalais par ailleurs membre du consortium de ce projet, a procédé à la lecture du mémorandum pour la gratuité du certificat médical aux Femmes victimes de violences basées sur le genre.
Voici l’intégralité de son discours.
«Les violences à l’égard des femmes ont fait l’objet d’un intérêt particulier à partir des années 70 avec la tenue de conférences régionales et internationales portant sur les conditions de vie des femmes et des filles et le respect de leurs droits. La Conférence de Rio en 1992 a établi le lien entre le développement durable et le respect des droits de la fille et de la femme. Les violences à l’égard des femmes peuvent revêtir plusieurs formes allant des atteintes à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental des personnes, en passant par les traitements cruels tels que la torture, les mutilations ou toutes formes de peines corporelles liées aux atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants, le viol…Elle a de nombreuses conséquences négatives sur la santé et le bien-être des femmes. Ses conséquences peuvent s’avérer fatales (homicide, suicide ou conduire à des douleurs ou maladies chroniques, des blessures traumatiques…Les conséquences de ces phénomènes semblent bien connues des autorités compétentes, mais les actions pour mettre fin à ce fléau tardent à suivre. Or, une volonté politique efficiente et manifeste semble nécessaire pour la mise en œuvre d’actions efficaces. La réglementation nationale et toutes les conventions internationales ratifiées par le Sénégal interdisent toute forme de discrimination et de violence sexiste, malgré les violences faites aux femmes restent très répandues ;La lutte contre ce fléau est un paradigme clé dans la gouvernance de l’Etat. Elle interpelle et implique aussi bien les décideurs politiques, les organisations de la société civile, les chercheurs, les académiciens et les citoyens.Toutefois, au vu des efforts entrepris, l’on note que le phénomène persiste toujours. Les viols, crimes, violences verbales, faits à l’égard des femmes ont connu une recrudescence sans précédent ces derniers temps dans ce pays.Alors qu’au Sénégal, cet accès surtout au niveau juridique est assez fragile. Parmi les premières entraves figure l’accès aux certificats médicaux en cas de violences.La majorité des violences dont sont victimes les femmes ne font pas l’objet de répression. Une telle situation est due au fait que les femmes qui en sont victimes n’ont pas accès à des documents qui leur permettent d’engager la procédure judiciaire. C’est le cas du certificat médical qui, du fait de sa cherté, n’est pas accessible aux femmes victimes de violences de toute nature Au Sénégal, le prix de la délivrance d’un certificat médical pour coups et blessures varie d’une structure à une autre entre 10 000 et 20 000 FCFA quel que soit le médecin consulté privé ou public.Ce prix assez élevé constitue une contrainte de taille pour les femmes et les filles victimes de violences dans la mesure où ces dernières sont souvent dépourvues de moyens pour se faire établir cette preuve. Ceci va ainsi leur rendre plus vulnérables et plus exposées étant donné que la plupart d’entre elles abandonnent toute initiative juridique pour dénoncer le fait et permet ainsi à l’auteur de la violence de récidiver sur elles ou sur une autre.Pour cette raison, nous demandons à l’Etat d’aller au bout de sa volonté politique qui dure depuis des dizaines d’années en rendant gratuits les certificats médicaux aux femmes et filles victimes de violences.  Après la loi sur la criminalisation du viol et de la pédophilie, l’obtention de la gratuité des certificats médicaux va aider à atteindre un autre palier dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Fort de ce constat les organisations membres du réseau établi par le projet intitulé « Lutte contre les violences machistes au Sénégal » financé par l’ACCD compte porter ce fort plaidoyer à l’endroit des décideurs qui se trouvent être le ministère de la santé, le ministère de la femme et celui de la justice pour la gratuité des certificats médicaux aux femmes afin de leur garantir une meilleure protection contre les violences. Beaucoup de femmes renoncent à leur projet d’accéder à la justice, à cause du coût du certificat médical. Un protocole d’accord sur l’octroi et la gratuité du certificat médical relativement aux agressions sexuelles entre Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, le ministère de la Justice et de la Sécurité Publique et le ministère de la Santé Publique et de la Population a été signé le 23 novembre 2006 mais jusqu’à présent les souffrances et injustices continuent `se sentir. Dans l’attente d’une décision étatique, proclamant la gratuité de la délivrance du certificat médical, nous continuerons à travers des causeries, des conférences … jusqu’à l’aboutissement de notre lutte».
Astou Mall